Inventons le logiciel dont vous êtes le héros

Comme beaucoup j’aimerais contribuer à rendre le monde meilleur mais je n’ai que quelques heures par jour à y consacrer et pas beaucoup d’argent à investir : alors que faire ? 

Source: https://www.goodthingsguy.com/

Si vous êtes dans ce cas, rassurez vous vous n’êtes pas seul ! Mon objectif à travers cette série d’articles est de vous montrer qu’en trouvant d’autres personnes avec les mêmes contraintes et les mêmes aspirations, et une organisation appropriée, beaucoup de choses deviennent possible. Ne vous attendez pas à devenir multi-millionnaire (j’espère que ce n’était pas votre objectif principal) mais vous pourriez même projeter d’en vivre.

Savez vous pourquoi l’on trouve des logiciels open source, et pas des voitures ou des appartements open source… (même s’il existe des plans ici et ) ? C’est que l’investissement nécessaire pour développer un logiciel est à plus de 90% constitué par les salaires des équipes, et il y a donc un effet de levier très important entre les moyens à investir (hors salaires) pour développer un logiciel, et les résultats qu’on peut en attendre. En d’autre terme si une équipe de bénévoles développe un logiciel et trouve un grand nombre d’utilisateurs, le coût de revient par utilisateur est minime.

Partant de cette constatation, il me semble que les 2 modèles d’organisation les plus fréquents dans l’industrie du logiciel ne sont pas idéaux, et qu’il en manque un troisième qui serait un mix entre eux. Le premier modèle le plus fréquent c’est celui de la société privée créée par des petits génies du logiciel et financée par des business angels (des personnes riches et qui aiment la tech) et/ou des fonds spécialisés (des organisations qui mutualisent l’argent des précédents et sont spécialisés dans la détection et l’accompagnement des pépites de la tech). C’est le modèle de toutes les sociétés du logiciel connues de Google ou Facebook à la majorité des start-ups technologiques. L’avantage de cette organisation est de permettre une croissance rapide aux sociétés qui réussissent et une part importante dans de nouveaux marchés. Le modèle est attractif pour les fondateurs et les investisseurs, qui peuvent s’enrichir rapidement à condition de prendre des risques (seul 10 à 15% des projets réussissent même si d’autres disent que c’est plus).

Le deuxième modèle d’organisation fréquent est celui des communautés éditrices de logiciels libre. Les plus connues bénéficient en général d’un noyau dur de petits génies, bientôt rejoint par un grand nombre de fan plus ou moins productifs. Le secret de la réussite réside dans la bonne organisation de la communauté pour arriver à faire converger toutes ces énergies. De plus bien qu’ils aient renoncé à la propriété des logiciels développés, et ainsi attiré toute une communauté de développeurs, les fondateurs peuvent en vivre en proposant des services aux utilisateurs des logiciels libre. C’est ainsi que WordPress, le logiciel libre qui gère le contenu de 30% à 40% des sites webs dans le monde, est divisé entre une fondation (WordPress.org) et une entreprise (Auttomatic) qui gère le site wordpress.com et a été récemment valorisée à plus d’1 Milliard de dollars.

Mais ces deux modèles ne sont pas idéaux. D’une part le premier enrichit surtout les plus riches qui peuvent investir énormément au départ pour accélérer le développement de start-ups, et qui peuvent se permettre de prendre le risque de perdre 8 ou 9 de leurs investissements en échange d’un ou deux succès. Pour la plupart des fondateurs qui investissent leur temps et leurs économies dans ces projets le jeu est beaucoup plus risqué, et leurs employés même s’ils sont bien payés ne récoltent en général que quelques miettes du succès de l’entreprise. Le deuxième modèle n’est pas idéal non plus : pourquoi renoncer par idéal à la propriété de ce qu’on crée ? Le principe fondateur que le logiciel est un bien commun qui doit n’appartenir à personne pour bénéficier à tous n’est pas si évident pour la plupart d’entre nous. Il semble plus naturel au contraire qu’un bien qui a nécessité l’effort de dizaines, voire de centaines de personnes, mérite de leur rapporter de quoi se consacrer entièrement à leur passion, à condition bien sur qu’il rencontre un large public. Si les voitures ou les immeubles ne coutaient que la force de nos bras pour être fabriqués, verrait-on des voitures ou des appartements gratuits offerts au plus grand nombre ?

Il est possible de créer des communautés d’entrepreneurs, qui souhaitent mettre leurs efforts en commun comme pour un logiciel libre, mais souhaitent conserver et se partager la propriété du logiciel qu’ils produisent

A l’intersection de ces deux modèles, il est possible même si cela ne s’est pas encore vu à ma connaissance, de créer des communautés d’entrepreneurs, qui souhaitent mettre leurs efforts en commun comme pour un logiciel libre, mais souhaitent conserver et se partager la propriété du logiciel qu’ils produisent. S’ils suivent de bons principes d’organisation — les mêmes principes que pour développer un logiciel libre — ils pourront faire baisser leur besoin en investissement considérablement, et ainsi se passer en grande partie de business angels ou de fonds d’investissement. Pour cela il suffit de reprendre l’organisation des communautés du logiciel libre, en changeant légèrement le contrat auquel tout développeur et tout utilisateur souscrit. Bien sur le logiciel ne sera plus gratuit pour l’utilisateur final, mais cela n’est pas u